5 signes que le dos de votre cheval
manque de muscle
Beaucoup de cavaliers travaillent leur cheval depuis des années sans jamais regarder son dos autrement qu'en passant l'éponge. Pourtant, c'est là que tout se joue.
Il existe une idée reçue très répandue dans les écuries : si un cheval travaille régulièrement, son dos se musclera naturellement. C'est faux. Un dos peut être sollicité quotidiennement sous la selle et rester chroniquement sous-musclé, voire se dégrader, si la façon dont il est travaillé ne lui permet pas de se remonter et de se renforcer correctement.
La différence entre un cheval qui travaille et un cheval dont le dos travaille est immense. Et elle se lit, pour qui sait regarder, dans des signes très concrets que votre cheval vous donne à chaque séance, à chaque pansage, à chaque observation au paddock.
Voici les cinq plus révélateurs.
Un cheval qu'on monte n'est pas forcément un cheval qui se muscle. Pour que le dos travaille, il faut d'abord lui en donner la possibilité.
— Simon LaforêtC'est le signe le plus visible, et pourtant le moins souvent identifié pour ce qu'il est. Un dos qui s'affaisse entre le garrot et le milieu du dos, qui forme une dépression marquée là où devrait se loger la selle, est un dos qui ne se porte pas. Les muscles dorsaux, peu développés, ne soutiennent pas la colonne vertébrale contre la gravité. Le cheval "creuse" sous son propre poids.
Ce n'est pas une question de morphologie ou de race. C'est presque toujours une question de musculature. Un cheval correctement musclé le long de la ligne dorsale a un dos plat, légèrement convexe, qui remonte naturellement sous le cavalier. Un creux prononcé est la signature d'un dos qui n'a jamais vraiment été mis au travail de façon à se renforcer.
Sur une longue rêne, au pas, un cheval dont le dos est correctement musclé et décontracté va naturellement chercher à allonger son encolure vers le bas et l'avant. C'est le signe que les muscles dorsaux sont actifs, que le dos oscille, que la ligne supérieure travaille. C'est ce qu'on appelle le cheval dans la descente.
Un cheval qui garde l'encolure haute en permanence, qui ne cherche jamais le contact vers le bas même sur longue rêne, même au pas, même après 10 minutes de mise en souplesse, est un cheval dont le dos est contracté. Et un dos contracté est un dos qui ne peut pas se muscler, parce qu'il ne se mobilise pas. La descente naturelle de l'encolure n'est pas une question de docilité. C'est un indicateur biomécanique direct de l'état des muscles dorsaux.
Un cheval dont le dos manque de muscle se fatigue vite. Non pas parce qu'il manque de condition cardiovasculaire, mais parce que les muscles dorsaux, peu développés, se contractent rapidement sous l'effort du port du cavalier. Et quand ils se contractent, le dos se rigidifie, les allures se raccourcissent, l'amplitude disparaît.
Vous le remarquez souvent dans la deuxième moitié de la séance : le trot qui était correct au début devient saccadé, le galop perd sa légèreté, le cheval "tombe" progressivement sur les épaules. Beaucoup de cavaliers interprètent ce phénomène comme de la paresse ou du manque de motivation. C'est presque toujours de la fatigue musculaire dorsale. Le dos se met en protection, le cheval compense comme il peut.
Il y a une différence importante entre un dos qui oscille et un dos qui rebondit. Un dos musclé et décontracté oscille, c'est-à-dire qu'il se meut en rythme avec les allures de façon souple et continue. Un dos non musclé rebondit : chaque foulée produit un mouvement vertical sec, peu amorti, qui se transmet directement au cavalier sous forme de choc.
Si vous ressentez un cheval "dur à monter", un trot qui cogne, une sensation de rebonds non amortis plutôt que d'un mouvement fluide, c'est souvent le dos qui parle. Un dos qui rebondit est un dos qui ne fait pas son travail d'amortisseur, parce que les muscles spinaux n'ont pas la tonicité suffisante pour absorber le mouvement et le transmettre de façon fluide. Le cavalier encaisse ce que le dos devrait filtrer.
Ce cinquième signe est celui que beaucoup de propriétaires finissent par accepter comme une fatalité. "Mon cheval est comme ça, il n'a pas beaucoup de musculature." Pourtant, une ligne du dessus plate, des lombes peu développées, une croupe qui manque de rondeur musculaire ne sont pas des traits morphologiques fixes. Ce sont des états musculaires qui évoluent avec le bon travail.
Quand un cheval travaille depuis plusieurs années et que sa ligne du dessus reste identique, voire se creuse avec l'âge, c'est le signe que le travail proposé ne sollicite pas le dos de la bonne façon. Le dos ne se muscle pas parce qu'on monte un cheval. Il se muscle parce qu'on lui demande de se remonter activement, de porter le cavalier depuis son arrière-main, de travailler en oscillation plutôt qu'en rigidité. La différence entre ces deux façons de travailler est invisible depuis la selle, mais elle est lisible sur la morphologie du cheval en quelques semaines.
Le dos d'un cheval bien travaillé se lit. Il se lit dans la rondeur de la ligne du dessus, dans la fluidité des allures, dans cette façon qu'a le cheval de porter le cavalier plutôt que de le subir.
— Simon LaforêtCe que ces signes ont en commun
Ces cinq signes partagent une même origine : un dos qui n'a pas été mis en condition de se muscler. Pas forcément par négligence, mais souvent par méconnaissance. On monte, on travaille, on fait des exercices, on monte des barres. Mais si le cheval n'est jamais mis dans les conditions biomécaniques qui permettent au dos de se remonter activement, la musculature dorsale ne se développe pas, quelle que soit la quantité de travail fourni.
La bonne nouvelle, c'est que ces cinq signes sont réversibles. Un dos non musclé répond très bien à un travail progressif et ciblé. Les premiers résultats visibles arrivent en quatre à six semaines. Et les transformations observables sur la morphologie du cheval, sur la qualité de ses allures et sur son attitude générale sous la selle peuvent être spectaculaires.
Avant tout exercice de musculation dorsale, commencez par observer votre cheval pendant une semaine entière : en main, au paddock, au début et à la fin de chaque séance. Ces observations vous donneront une base de comparaison précieuse pour mesurer les progrès. Et si vous reconnaissez plusieurs de ces signes, consultez un ostéopathe équin avant d'intensifier le travail.
Un dos mal musclé n'est pas une fatalité. C'est un point de départ. Et le cavalier qui comprend ce que son cheval lui montre a déjà fait la moitié du chemin.
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