Équitation : la mise en selle
est-elle vraiment désuète ?
Bras en croix, cercles sans étriers, rotations d'épaules… Ces exercices que certains jugent "old school" continuent de diviser. Sont-ils reliques du passé ou fondements indispensables ? La réponse est plus tranchée qu'on ne le croit.
Dans certains clubs, la mise en selle est une institution. Les cavaliers débutants tournent au bout de la longe, bras écartés, yeux fermés, sans étriers. Dans d'autres, cette pratique a totalement disparu — jugée trop longue, trop inconfortable, trop éloignée du vrai travail équestre. Entre les deux camps, le débat est vif.
D'un côté, des moniteurs qui jurent que c'est la base de tout. De l'autre, des cavaliers qui n'en ont jamais fait et qui montent parfaitement bien. Alors : la mise en selle est-elle un outil pédagogique irremplaçable, ou un vestige d'une époque où l'on manquait de méthodes plus modernes ?
Qu'appelle-t-on vraiment "mise en selle" ?
Le terme recouvre en réalité plusieurs réalités très différentes. Dans sa forme la plus classique, la mise en selle désigne les exercices gymniques effectués à cheval — souvent en longe, sans étriers ni rênes — visant à développer l'équilibre, la souplesse et la proprioception du cavalier. Bras en croix, rotations de buste, flexions latérales, toucher des oreilles du cheval, assouplissements de hanches, travail en suspension…
Dans un sens plus large, "mise en selle" désigne parfois simplement le travail de position — tous les exercices, montés ou non, visant à améliorer la posture, l'assiette et l'indépendance du corps du cavalier par rapport au mouvement du cheval.
C'est cette distinction qui est au cœur du débat. Car si certains exercices de mise en selle peuvent paraître anecdotiques, le principe qui les sous-tend — travailler le corps du cavalier indépendamment du cheval — reste d'une actualité totale.
La position précède l'action. Avant de travailler le cheval, il faut travailler le cavalier. C'est la conviction qui guide toute ma pédagogie.
— Simon LaforêtCe que les exercices de mise en selle développent vraiment
Pour comprendre pourquoi ces exercices restent pertinents, il faut comprendre ce qu'ils ciblent — et pourquoi ces qualités sont impossibles à développer autrement.
Trouver son centre de gravité sur un cheval en mouvement sans s'accrocher aux rênes ni crisper les jambes. C'est la base de tout — et ça ne s'apprend pas en tenant les rênes.
FondamentalApprendre à bouger les bras sans que le buste suive, ou à assouplir les hanches sans que les épaules se désalignent. C'est ce qui rend les aides indépendantes et précises.
Indépendance des aidesSentir où est son corps dans l'espace, sans le voir. Sans proprioception développée, un cavalier ne perçoit pas ses propres déséquilibres — et ne peut donc pas les corriger.
Conscience corporelleLaisser le mouvement du cheval traverser le corps sans le bloquer ni l'amplifier. Un dos qui absorbe, des hanches qui suivent — c'est ce qui rend l'assiette vivante et non perturbante pour le cheval.
Souplesse & suivantCes quatre qualités sont les fondations de toute position juste. Et elles ne se développent pas simplement en montant — elles demandent un travail spécifique, ciblé, souvent sans les béquilles habituelles que sont les rênes et les étriers.
L'argument de ceux qui y ont renoncé
Les détracteurs de la mise en selle avancent plusieurs arguments. Le premier : ces exercices manquent de contexte équestre réel. Tourner en rond au bout d'une longe avec les bras en croix ne ressemble à aucune situation de monte concrète. Le deuxième : le temps passé en mise en selle serait du temps volé au vrai travail — aux exercices, aux transitions, à la construction du cheval.
Ces arguments ne sont pas sans fondement. Une mise en selle mal conduite, trop longue, trop mécanique, sans objectif précis peut effectivement devenir une routine vide de sens. Et un cavalier qui passe toutes ses séances en exercices gymniques sans jamais les transférer dans le travail réel n'avancera pas davantage.
Ce n'est pas la mise en selle qui est désuète. C'est la mise en selle mal pensée, mal conduite, sans progression ni intention pédagogique claire. Un exercice de mise en selle qui n'est pas connecté à un objectif de position précis est effectivement du temps perdu. Mais ce défaut de méthode ne condamne pas le principe.
Ce que la modernité a apporté — et ce qu'elle n'a pas remplacé
L'équitation contemporaine s'est enrichie d'apports extérieurs remarquables. Le yoga, le Pilates, la méthode Feldenkrais, le gainage fonctionnel — ces disciplines travaillent la mobilité, la proprioception et la conscience corporelle avec une précision et une variété que les anciens exercices de mise en selle n'atteignaient pas toujours.
Beaucoup de cavaliers de haut niveau intègrent aujourd'hui un travail corporel à pied dans leur préparation. Et les résultats sont là : meilleure souplesse des hanches, dos plus mobile, équilibre plus fin. Ces approches sont précieuses — et complémentaires à la mise en selle, pas substituables.
Car ce que le yoga ne remplace pas, c'est la sensation du mouvement du cheval sous le corps. Le transfert proprioceptif en selle, avec le mouvement vivant d'un animal sous soi, ne peut s'apprendre qu'en selle. C'est irremplaçable.
On peut avoir le corps le plus souple du monde à pied — et se retrouver complètement déséquilibré dès que le cheval accélère. Le travail à pied prépare. Le travail en selle transforme.
— Simon LaforêtLa vraie question : pour qui la mise en selle est-elle indispensable ?
La réponse honnête est que la mise en selle traditionnelle est particulièrement précieuse dans deux cas : pour les cavaliers débutants, chez qui elle pose les bases de l'équilibre avant même que les aides ne soient travaillées — et pour les cavaliers confirmés qui ont des défauts de position ancrés, chez qui elle permet de désapprendre des compensations installées depuis des années.
Entre les deux, pour le cavalier intermédiaire qui monte régulièrement avec une position correcte, quelques séances annuelles en longe sans étriers suffisent souvent à entretenir la qualité de l'assiette — sans en faire un rituel hebdomadaire systématique.
Mais dans tous les cas, l'intention derrière la mise en selle — travailler le corps du cavalier avec la même rigueur qu'on travaille le cheval — n'a jamais été aussi d'actualité. C'est simplement la forme que peut prendre ce travail qui évolue.
Quel que soit votre niveau, faites au moins une séance par mois sans étriers. Pas pour souffrir — pour sentir. Sans les étriers comme point d'appui, vos jambes descendent naturellement, votre bassin s'assouplit, votre équilibre se recalibre. C'est l'exercice le plus simple et le plus efficace pour entretenir une assiette juste — et le plus souvent négligé par les cavaliers confirmés.
La mise en selle n'est pas désuète. L'idée de passer du temps à travailler sa position pour elle-même, de façon ciblée et intentionnelle, est au contraire l'une des approches les plus modernes et les plus efficaces pour progresser durablement. Ce qui est désuet, c'est de la pratiquer sans comprendre pourquoi — ou de l'abandonner sans avoir trouvé ce qui la remplace vraiment.
Un cavalier qui comprend précisément ce que fait chaque partie de son corps, et ce que ça produit sur son cheval, est un cavalier qui progresse. Quelle que soit la méthode qu'il choisit pour y parvenir.
Le Guide Complet
d'une Bonne Position
De la tête aux pieds — 15 chapitres pour comprendre ce que fait chaque partie de votre corps, corriger les erreurs les plus fréquentes, et sentir enfin ce que ça produit sur votre cheval.
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