Cheval de sport ou cheval de loisir :
et si on arrêtait de juger ?
Dans le monde équestre, la hiérarchie non dite est partout. Le compétiteur regarde le baladeur de haut. Le baladeur accuse le sportif de maltraiter son cheval. Il serait peut-être temps de poser un regard plus honnête sur cette division.
Entrez dans n'importe quelle écurie et tendez l'oreille. Vous l'entendrez tôt ou tard, formulée de mille façons différentes : la distinction entre ceux qui "font quelque chose" avec leur cheval et ceux qui se contentent de "se promener". Entre les sérieux et les autres. Entre le sport et le loisir.
Cette hiérarchie est tellement ancrée dans la culture équestre qu'on ne la questionne presque plus. Et pourtant, elle mérite d'être regardée en face — parce qu'elle dit beaucoup sur nos propres insécurités, et assez peu sur la valeur réelle de chaque pratique.
D'où vient ce jugement ?
Le monde du sport, en général, valorise la performance mesurable. Le chronomètre, le classement, le niveau de compétition — autant de repères qui permettent de se situer, de progresser, de se comparer. Dans l'équitation sportive, ces repères existent : le niveau de saut, le pourcentage en dressage, le barème de la reprise.
Le cavalier de loisir, lui, évolue sans ces jalons formels. Et dans une culture qui valorise la performance, l'absence de mesure est souvent interprétée — à tort — comme l'absence d'exigence. Comme si prendre du plaisir à cheval ne pouvait pas coexister avec une pratique rigoureuse et respectueuse.
J'ai vu des cavaliers de loisir avec une finesse d'aide et une sensibilité au cheval que bien des compétiteurs pourraient leur envier.
— Simon LaforêtLe sport n'est pas une garantie de bien-être pour le cheval
L'un des arguments les plus souvent brandis par les cavaliers de loisir contre le sport est le bien-être animal. Et honnêtement — il n'est pas toujours infondé. Dans certains contextes compétitifs, la pression des résultats peut conduire à des pratiques qui ne servent pas le cheval : sur-entraînement, forçage, usage abusif des aides.
Mais cette réalité existe aussi dans le loisir. Un cheval mal musclé, sous-stimulé, monté de façon incohérente, n'est pas nécessairement plus heureux qu'un cheval de compétition bien préparé, bien suivi, bien écouté. Le bien-être du cheval ne se mesure pas à l'absence de compétition. Il se mesure à la qualité du travail, à la cohérence de la demande, et à l'attention portée à chaque individu.
Un cheval épanoui n'est pas forcément un cheval qui ne travaille pas. C'est un cheval qui travaille juste — avec les bons outils, au bon rythme, dans le respect de sa nature.
Le loisir n'est pas une pratique au rabais
De l'autre côté du miroir, les cavaliers de loisir subissent parfois un regard condescendant qui les diminue. Comme si ne pas concourir signifiait ne pas se donner de mal, ne pas chercher à progresser, ne pas avoir d'exigences envers soi-même.
C'est une vision profondément réductrice. Nombreux sont les cavaliers de loisir qui travaillent leur cheval avec une régularité et une attention que beaucoup de compétiteurs ne peuvent pas s'offrir. Qui lisent, qui se forment, qui se remettent en question. Qui prennent le temps d'écouter leur cheval parce qu'ils n'ont pas de date de concours qui les presse.
Il y a une forme de liberté dans la pratique du loisir qui peut paradoxalement produire une équitation plus sensible, plus patiente, plus à l'écoute. Parce que quand le résultat n'est pas une fin en soi, la qualité du chemin devient l'essentiel.
Le problème n'est pas de faire du sport ou du loisir. Le problème, c'est de faire l'un ou l'autre sans réfléchir à ce qu'on fait vraiment.
— Simon LaforêtCe que chaque camp pourrait apprendre de l'autre
Plutôt que de se regarder en chiens de faïence, les deux approches ont énormément à s'apporter mutuellement — si on accepte de baisser la garde.
Ce que le loisir peut apprendre du sport
La compétition impose une forme d'exigence qui pousse à progresser, à se remettre en question, à chercher des solutions là où on pourrait rester dans ses habitudes. La régularité du travail, la précision des aides, la construction progressive d'un programme — autant d'éléments que le cavalier sportif intègre souvent naturellement, et que le cavalier de loisir gagnerait à cultiver même sans objectif de concours.
Ce que le sport peut apprendre du loisir
Le cavalier de loisir, libéré de la pression du résultat, développe souvent une écoute fine du cheval au quotidien. Il apprend à adapter sa séance à l'état du cheval ce jour-là, à renoncer à une demande si le cheval n'est pas disponible, à valoriser le chemin autant que la destination. C'est une sagesse précieuse que bien des compétiteurs perdent de vue dans la course aux performances.
Les meilleurs cavaliers que j'ai côtoyés — champions comme cavaliers de loisir accomplis — avaient tous un point commun : une curiosité sincère pour leur cheval et une humilité réelle face au travail. Leur catégorie, sport ou loisir, n'y était pour rien.
La vraie question : quelle relation voulez-vous avec votre cheval ?
Au fond, la distinction sport/loisir est peut-être la mauvaise question. La bonne question, celle qui oriente vraiment une pratique équestre, est ailleurs : quelle relation est-ce que je cherche à construire avec mon cheval ? Quel cavalier est-ce que je veux être ?
Un cavalier qui monte en compétition parce qu'il aime relever des défis, progresser sous pression, partager cet effort avec son cheval — voilà une démarche cohérente et belle. Un cavalier qui monte en loisir parce qu'il aime l'instant présent, la complicité, la liberté — voilà une démarche tout aussi cohérente et belle.
Ce qui est moins cohérent, en revanche, c'est de monter en compétition pour l'image — ou de monter en loisir pour éviter l'effort. La forme de pratique n'est pas le problème. L'intention qui la sous-tend, si.
Sport ou loisir, chaque cavalier a ses raisons d'être à cheval. Des raisons qui lui appartiennent, et qui méritent d'être respectées plutôt que hiérarchisées. Ce que nous partageons tous, quelle que soit notre étiquette, c'est le cheval — cet animal extraordinaire qui nous oblige, à chaque séance, à être meilleurs que nous ne le sommes naturellement.
C'est peut-être sur ce terrain commun qu'il serait plus utile de se retrouver — plutôt que de se diviser sur des cases qui ne rendent service ni aux cavaliers, ni aux chevaux.
Sport ou loisir,
progressez avec méthode
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