Faut-il utiliser un montoir
pour se mettre en selle ?
Le montoir, c'est pour les paresseux, les vieux ou les débutants ? Cette idée reçue a la vie dure — et elle coûte cher au dos de beaucoup de chevaux. Il est temps de remettre les choses à leur place.
Demandez autour de vous ce que les cavaliers pensent du montoir. Vous entendrez souvent la même chose : "C'est pratique quand on ne peut plus monter directement", "Je n'en ai pas besoin, je monte très bien depuis le sol", "C'est pour les gens qui ne sont plus assez sportifs." Bref — le montoir souffre d'une image de facilité, presque de capitulation.
Et c'est précisément ce préjugé qu'il faut déconstruire. Parce que la raison principale d'utiliser un montoir n'a rien à voir avec les capacités physiques du cavalier. Elle concerne directement le confort et le bien-être du cheval.
"Le montoir, c'est pour ceux qui ne peuvent pas monter depuis le sol. Un cavalier sportif n'en a pas besoin."
Le montoir est avant tout un outil de respect du dos du cheval. Quel que soit l'âge, la souplesse ou la condition physique du cavalier, monter depuis le sol exerce une traction mécanique sur la colonne vertébrale du cheval. Le montoir supprime ce problème à la source.
Ce qui se passe réellement quand vous montez depuis le sol
Quand vous posez le pied dans l'étrier depuis le sol pour vous hisser sur le dos de votre cheval, votre corps exerce une traction latérale et vers le bas sur le côté gauche de la selle. Cette traction se transmet directement à la sangle, puis à la selle, puis au dos du cheval.
L'effet mécanique est simple mais significatif : la colonne vertébrale du cheval est tirée et tordue latéralement vers le cavalier pendant toute la durée de la mise en selle. Ce n'est pas une traction brève et sans conséquence — c'est un stress mécanique réel sur des structures qui n'y sont pas adaptées, répété à chaque montée, plusieurs fois par semaine, pendant des années.
Le résultat ? Des tensions, des crispations, parfois de la douleur — avant même que le cavalier n'ait posé les deux fesses en selle. Le cheval arrive en séance avec le dos déjà sollicité, déjà légèrement contracté. Et on se demande ensuite pourquoi il est parfois dur à décontracter en début de travail.
Traction latérale sur la selle transmise au dos. Torsion de la colonne vertébrale vers le cavalier. Tensions créées avant même le début de la séance. Phénomène répété à chaque montée.
Le cavalier est déjà à hauteur. La mise en selle est verticale, sans traction latérale. Le dos du cheval ne subit aucun stress mécanique parasite. La séance commence dans les meilleures conditions.
Le montoir ne compense pas — il supprime le problème
C'est la distinction essentielle. Beaucoup de cavaliers pensent que le montoir est un palliatif — une solution de contournement pour ceux qui n'arrivent plus à monter comme avant. En réalité, c'est tout l'inverse : c'est la montée depuis le sol qui est le problème, et le montoir qui est la bonne pratique.
En utilisant un montoir, le cavalier se retrouve à une hauteur proche de celle du dos du cheval. Le geste de mise en selle devient quasi vertical — on se pose sur le cheval plutôt qu'on ne s'y hisse. La traction latérale disparaît. Le dos du cheval n'est plus sollicité mécaniquement avant même que la séance commence.
Le montoir n'est pas une concession à la fatigue. C'est un acte de respect envers le cheval. Je l'utilise systématiquement — et je l'encourage chez tous mes élèves, quel que soit leur niveau.
— Simon LaforêtUn avantage pour le cavalier aussi
Les bénéfices du montoir ne s'arrêtent pas au cheval. Pour le cavalier, la mise en selle depuis un montoir est aussi plus qualitative. En arrivant en selle avec moins d'effort, le corps du cavalier lui-même est moins contracté. Les épaules ne sont pas crispées, le bas du dos n'a pas été sollicité dans un mouvement de torsion, le bassin n'est pas en tension.
Résultat : on commence la séance dans une disponibilité physique meilleure. Les premières aides sont plus souples, l'assiette s'installe plus vite, le cheval reçoit dès le départ un signal de calme et de décontraction plutôt qu'une tension de démarrage.
Ce que disent les professionnels de la santé équine
Les ostéopathes et kinésithérapeutes équins le confirment régulièrement : le dos est l'une des zones les plus sollicitées et les plus fragilisées chez le cheval de sport ou de loisir intensif. Et parmi les causes fréquentes de tension dorsale, la mise en selle répétée depuis le sol figure en bonne place — aux côtés d'une selle mal adaptée, d'un cavalier déséquilibré ou d'un travail trop long sans échauffement.
Ce n'est pas anodin. Si votre cheval est régulièrement suivi en ostéopathie pour des tensions dans le dos, la question de la mise en selle mérite d'être posée — et le passage au montoir peut être l'un des changements les plus simples et les plus efficaces à mettre en place immédiatement.
On soigne le dos du cheval après coup, avec de l'ostéopathie, des massages, du travail à la longe. C'est bien. Mais prévenir en commençant par ne pas le traumatiser à chaque mise en selle, c'est encore mieux.
— Simon LaforêtLes objections les plus courantes — et les réponses
"Je n'ai pas toujours accès à un montoir" C'est compréhensible. Un muret, un talus, une remorque, une clôture solide — beaucoup d'environnements offrent une surface surélevée qui remplace avantageusement le montoir traditionnel. L'important est d'avoir quelque chose à disposition pour éviter la traction depuis le sol le plus souvent possible.
"Mon cheval ne reste pas en place à côté du montoir" C'est un problème d'éducation à travailler — pas une raison d'abandonner le montoir. Un cheval qui apprend à se présenter et à rester immobile au montoir développe par la même occasion une meilleure disponibilité mentale en début de séance. C'est un bénéfice supplémentaire.
"Je monte très facilement depuis le sol, je n'ai pas de problème" La facilité pour le cavalier ne change pas la mécanique subie par le cheval. Même un cavalier souple et léger exerce une traction latérale lors de la mise en selle depuis le sol. La légèreté réduit l'intensité du phénomène — elle ne le supprime pas.
Si vous n'utilisez pas encore de montoir, commencez par observer votre cheval au moment de la mise en selle depuis le sol. Regardez son dos, ses oreilles, son expression. Nombreux sont les chevaux qui manifestent une légère crispation — un pincement d'oreilles, un mouvement du dos, une tension du menton — à ce moment précis. Ce sont des signaux discrets mais réels. Essayez ensuite de monter depuis un muret ou un montoir, et comparez sa réaction. La différence parle d'elle-même.
Utiliser un montoir n'a rien d'une faiblesse. C'est une décision éclairée, fondée sur la compréhension de ce que vit le corps du cheval à chaque mise en selle. C'est choisir de commencer chaque séance dans les meilleures conditions possibles — pour le cheval, et pour soi.
Le meilleur équipement, la meilleure selle, le meilleur programme de travail ne compensent pas un dos déjà sollicité avant même que la séance ait commencé. La mise en selle, c'est le début de tout — autant qu'elle soit la plus respectueuse possible.
Chaque détail compte
pour le confort de votre cheval
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